collections

Travail photographique.
Aux sens strict ce sont des collections, au sens de collecter. Mais pas des collections de collectionneur; des collections de « chasseur-cueilleur » à la recherche d’une nourriture de sens.
Pigeons, panneaux, chaussures sont des questions qui ne trouveront pas de réponse, des questions qui ne feront que se reposer à chaque photo. A chaque élément nouveau, une collection s’enrichit; ici, à chaque élément nouveau, elle s’obscurcit, se complexifie. Ce ne sont d’ailleurs pas des photos de photographe; juste des enregistrements de ce que le réel a seul mis en œuvre. Elles sont trois manifestations de la perte, des restes livrés à l’indifférence et à l’oubli, les traces d’un passé, d’intentions, d’une vie épuisée et dérisoire s’ouvrant sur différentes voies, des plus misérables aux plus sublimes.

Junishiro Tanizaki (in Eloge de l’ombre) « Ce que l’on appelle le beau n’est qu’une sublimation des réalités de la vie. »

les panneaux:


Notices:
Les Panneaux : la recherche se porte sur des panneaux qui ont perdu leur affiche, ou qui dysfonctionnent dans le cas des  affichages à diodes, perdant par la même leur fonction. Voilà donc un objet porteur d’image, d’une image de communication qui ne délivre plus son message, qui ne donne plus à voir que sa propre image, souvent une image de sa structure,  de sa matérialité. L’objet a perdu sa fonction et ne montre plus que couleur, lumière, matières, texture… noue parfois des relations avec son environnement, générant des sensations, une expérience esthétique, du sens… Cet objet devient, seul,  alors très proche de l’œuvre d’art.
Les Pigeons : C’est un animal sans identité, fragment de groupe ; c’est un animal sauvage aux aspirations domestiques, urbain par faiblesse ; il est pitoyable quand il se laisse marcher dessus par les moineaux et ne semble bon qu’à  produire ses déjections ou porter des parasites. Sa dépouille, écrasée sans fin par des voitures ou destinée à  la poubelle, donne une image de la mort des plus dérisoires : cette somme de pathétique, d’insignifiance produit fatalement une puissante, parce qu’intransigeante, figure du tragique : la recherche se porte donc sur les cadavres de pigeons.
Les Chaussures : La recherche se porte sur des chaussures trouvées sur la chaussée : rue, route, autoroute. La chaussure seule, séparée de son double, abandonnée par sa fonction et par le corps qui l’a occupée, livrée à l’agression et à la dégradation dans un milieu brutal et indifférent ; c’est une figure tragique et extensive car elle porte symboliquement des images qui dépassent celles du simple objet : un corps, une histoire…